L'enfant et le principe de réalité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Accepter les règles, la loi c’est renoncer à des plaisirs immédiats inhérents à tout être vivant. Pourtant l’homme est toujours à la recherche du plaisir. Confronté à ce dilemme, si l’enfant arrive à conserver un certain nombre de plaisirs immédiats tout en acceptant les frustrations et ces différents interdits, il aura sa place.

 

D’après Raymond BENEVENT[1], l’apparition de l’électricité a changé notre temps de référence : celui de la vitesse de la lumière. Dans la vie quotidienne, c’est l’instantané qui est valorisé (énergie, communications, informations…). Ce rapport au temps renforce la recherche du plaisir immédiat. Ce qui entraîne de nombreuses mutations, plus particulièrement dans les familles, à l’école… Or le système scolaire désapprouve le comportement de ces enfants dont on dit qu’ils sont dans la toute-puissance. L’enfant connaît alors un profond sentiment d’insécurité et l’adulte doit être là pour baliser ce chemin, poser les interdits, préserver le désir, éduquer au choix.

 

La construction psychique de l’enfant est étroitement liée au temps. L’ensemble de l’activité psychique a pour but d’éviter le déplaisir et de procurer immédiatement le plaisir. Les enfants n’intègrent pas la dimension temporelle et ils ne fonctionnent que dans la réponse immédiate. C’est le règne du plaisir, le temps de l’enfance. Submergé par ses pulsions, l’enfant va devoir apprendre à les apprivoiser. Pour cela, il faut renoncer à la satisfaction immédiate, différer l’obtention du plaisir, se conformer au principe de réalité évoqué par FREUD dans « Au-delà du principe du plaisir » qui a pour but de satisfaire le plaisir en empruntant des détours.

 

Le principe de réalité doit donc permettre au sujet d’adapter ses conduites aux contraintes de la réalité extérieure tout en satisfaisant au principe de plaisir.

Ce qui contraint à renoncer au plaisir instantané du fait des interdits socioculturels et du monde extérieur. Passer du principe de plaisir au principe de réalité, c’est :

 

- passer de l’immédiateté au différé (savoir attendre)

- passer de la totalité au segmenté (accepter de n’obtenir qu’une partie)

- passer de l’objet convoité à l’objet de substitution (se satisfaire d’un objet substitutif)

- passer de l’exigé au négocié (contribuer à l’obtention de l’objet désiré).

 

Mon travail, en tant que professionnelle dans le domaine éducatif, est aussi de confronter l’enfant ou le jeune au principe de réalité.  Il amène au renoncement du plaisir immédiat, des pulsions qui pourraient être à l’origine de souffrances. Le principe de réalité est un mécanisme d’adaptation de la personne à l’environnement extérieur. Il envoie au cerveau des signes du développement de la pensée, du jugement…

 

FREUD[2] a fait des recherches sur le plaisir sous toutes ses formes, qu’il désigne sous le nom de principe de plaisir. Il exige la satisfaction, par les voies les plus courtes, de toutes les pulsions conscientes ou inconscientes du psychisme humain. Mais il se heurte à un principe antagoniste, le principe de réalité, qui impose la renonciation au plaisir à cause des conséquences fâcheuses qui en résulteraient ou du fait des interdits socioculturels.

 

Le principe de réalité doit donc permettre au sujet d’adapter ses conduites aux contraintes de la réalité extérieure, tout en satisfaisant au principe de plaisir. Ce renoncement au plaisir immédiat, dans la construction psychique de l’enfant, est aussi nécessaire aux apprentissages.

 

 

 

 

[1] Raymond BENEVENT, Adultes de l’immédiat, enfants de l’instant, L’idéologie de l’immédiateté, la lettre de l’ENFANCE ET DE L’ADOLESCENCE 2003/3 NUM 53.

[2] FREUD, Formulation sur les deux principes du fonctionnement psychique, Œuvres complètes, volume XI, PUF, Paris, 1989, p. 16.

 

 

 

Agathe LB

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